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      <b>490eff26jpg.jpg</b> <br /> Pierre Rousse devant la sphère symbolique du bâtiment des Arts de l'Université d'Artois.

ARTS ET LETTRES (07 juin 2011)

Posté par pierrerousse le 19 novembre 2012

ARTS ET LETTRES

(07 juin 2011)

 

Mes biens chers amis et chers collègues,

C’est un grand honneur que Benjamin MOUTON me fait en me remettant ce soir cette médaille. Je ne m’attendais pas à recevoir cette distinction,  j’en fus surpris  mais j’en  suis très heureux maintenant. Merci BENJAMIN, merci à vous tous d’être présents, j’en suis très touché.

Certes, ma carrière libérale depuis plus de quarante années, a été très intense. Le temps est passé très vite. J’aime ce métier, c’est une passion. Je ne vois pas comment je pourrais l’exercer autrement.

Rien dans ma jeunesse, ne me prédestinait à exercer le métier d’architecte. Les voyages, les rencontres façonnent notre vie.

En premier lieu, ce fut la rencontre de mon père avec le Conservateur du Musée des Beaux-Arts de TOURS qui me fit suivre les « cours de trait », plusieurs fois par semaine, le soir, après les cours du Lycée. Ce fut ma première révélation de ce qu’était « l’Architecture ».

Confirmée par la suite, par la rencontre d’un jeune architecte lors de mon service militaire à MADAGASCAR. Nous dessinions des habitations pour les officiers et en assurions le suivi de chantier.

Mais aussi,  avec Jean ROUCH, Ethnologue-cinéaste, en HAUTE-VOLTA, « BURKINA FASO » maintenant, avec Robert LE RICOLAIS, Ingénieur, peintre » et poète, ici même Place des Vosges, qui orienta ma carrière et  fut mon parrain lors de mon séjour aux ETATS-UNIS dans les années 70/71,  avec Louis KAHN, mon professeur à Fine Arts, à l’Université de Pennsylvanie…

Quelques mots succincts sur ces passages importants de ma vie…

   

AVEC JEAN ROUCH

 Jean ROUCH, Ethnologue – Cinéaste, Directeur de Recherche de classe exceptionnelle au CNRS, spécialiste de l’AFRIQUE, était en outre l’ami de Raymond DEPARDON, que certains d’entre nous connaissent bien…

  •  Lors de nos rencontres, dans les années 1967 à 1969, il avait 53 ans ! –  au BURKINA FASO, à OUAGADOUGOU, il me parle de ses premières enquêtes ethnographiques, de ses expériences et de ses films, (plus de 120),  portant sur les populations  rencontrées, de l’architecture locale – constructions en BANCO (mélange de terre et de bois), de sa descente du fleuve NIGER en pirogue (plus de4200 km) et des pêcheurs SORKO.
  • Ceux-ci, disposant de peu de moyens,  renoncent à utiliser les matériaux modernes – ciment et tôle ondulée (très chers et donnant une image peu valorisante de leur habitat). Ils utilisent naturellement les vieilles techniques très élaborées du banco, pour la fabrication des briques, et la préparation du banco fluide, pour hourder la maçonnerie et réaliser les enduits composés d’argile, d’excréments de bourricots et de terre de fond de mares, où ont pourri les nénuphars … 
  • Cet enduit, à peu près imperméable, permet le lavage des sols à grande eau et protège efficacement  les murs de terre.

Lors de ma collaboration avec Daniel CHENUT  au NIGER, les conseils de Jean ROUCH pour  la réalisation du Centre des Sciences Humaines à NIAMEY nous sont précieux. Il nous préconise, entre autre, pour coiffer les bâtiments, de reprendre la technique des voûtes catalanes qui lui est chère (il est catalan).

Jean ROUCH cultive le paradoxe, son intérêt est immense pour l’architecture traditionnelle en AFRIQUE, la voûte catalane, la brique de terre, tout à la fois, il s’émerveille des grands exploits techniques, les ponts d’EIFFEL, la tour du même nom, le Golden Gate à SAN FRANCISCO. Il est enthousiaste. Je le cite :

«  Un pont cela se dessine, et ensuite, cela se discute »

Je terminerai avec Jean ROUCH sur ces quelques mots, lors de la cérémonie des récompenses de l’Académie d’Architecture, en juin 2000 (il avait 83 ans) :

« Moi qui ne suis pas architecte mais qui ai parlé et filmé l’Architecture, certes  modeste, je suis fier et heureux d’être reçu et récompensé par l’Académie »  (pour l’ensemble de son œuvre).

 

AVEC ROBERT LE RICOLAIS

 Robert LE RICOLAIS, Ingénieur, Peintre et poète

Auteur de nombreux brevets,

Peu reconnu en France, il part aux ETATS UNIS. Il enseigne à HARVARD puis à PENNSYLVANIA où il s’installe définitivement.

Il crée à l’Université de PENNSYLVANIE, à FINE ARTS, la chaire de structure en 1951 ; il devient l’adjoint de Louis KAHN et lui succède en 1974 jusqu’à sa mort.

Robert LE RICOLAIS est le père des structures spatiales. Ses idées ont influencé les plus grands architectes, et notamment  FULLER.

Il rallie des générations d’étudiants à sa perception (je le cite) « pour découvrir la nature des choses, le secret est d’être curieux ». 

LE RICOLAIS donnait trois cours magistraux en début d’année ; ensuite, c’était des discussions autour des projets que nous présentions à Louis KAHN, mais il était toujours à notre disposition à l’atelier, chez lui où là, ce n’était que du bonheur, autour d’un manathan (boisson de l’époque aux USA). Les calculs, les croquis fusaient, nous avions matière à étudier pendant des jours et des jours…

Avec KAHN, il intervenait peu, mais fort à propos !!

L’ « homme à la pipe sans fumée », elle ne le quittait jamais, était aussi un poète. Il avait des talents de peintre. En France, il exposa  au GRAND PALAIS à PARIS, à NANTES, sa région d’origine, aux côtés de KANDINSKY.

Aux ETATS UNIS, peu avant sa mort, on lui décerna la « Record Medal » pour l’ensemble de son activité à PENNSYLVANIA.

Il avait entendu parler de mon expérience africaine par un de nos confrères et c’est ainsi que je rencontrai Robert LE RICOLAIS, Place des Vosges, curieux de mon aventure  togolaise lors de la réalisation du Palais du Gouvernement à LOME.

Il aimait que je lui parle de l’AFRIQUE, car son expérience avec les BABILEKE n’avait pas été concluante (il avait essayé de copier la structure de leur case).

Il admirait les architectes, mais avait peu de réalisations à son actif.

Il était heureux d’enseigner. On voyait bien que le concret lui manquait.

L’ « homme à la pipe » est toujours présent chez moi à travers les quelques maquettes de structures que j’ai réalisées dans son atelier.

 

ET MAINTENANT

LOUIS ISIDORE KAHN

(mon professeur aux Etats Unis)

KAHN avec SULLIVAN, FRANCK L. WRIGHT et à un degré moindre VENTURI, font partie des architectes qui ont marqué à cette époque l’architecture américaine.

La singularité de l’œuvre de KAHN a influencé une partie des architectes émergeant à la fin des années 1970 et pour la plupart, toujours en activité, tels TADAO ANDO, MARIO BOTTA ou PEI.

Reconnu aux Etats-Unis mais aussi à l’étranger, en INDE pour la réalisation de l’Institut de Management à AHMEDABAD, au BANGLADECH à DACCA pour le plan d’urbanisme et le Parlement, et bien d’autres projets.

Nous ne cherchions pas à l’imiter.  Il nous le répétait souvent : « même si c’est laid, c’est vous ! » C’était dur à entendre. Il nous montrait en parallèle ce qui était prometteur. Il tenait à nous soustraire à toute influence extérieure. C’était souvent très difficile. Il insistait pour que chacun découvre sa propre personnalité.

Lors d’un rendu, un étudiant n’avait représenté sur son pané qu’un grand point d’interrogation… Après un moment de silence, KAHN dit : « C’est peut-être une merveilleuse réponse à notre interrogation ».

J’ai été sensible à sa façon d’utiliser  et de marier les matériaux  tels que la brique, le béton brut et le bois, créant de forts contrastes entre eux, et surtout à la mise en valeur des espaces par l’utilisation de la lumière, ce dont il fut maître.

Je me souviens qu’il nous arrivait de nous rencontrer le soir dans un bar, alors que nous avions passé la journée avec lui… Nous avions alors du mal à le supporter…

« Mais l’homme nous interpellait, nous attirait » 

 Lors d’une projection du film documentaire réalisé par son fils  en 2003 « My Architect », j’ai mieux  réalisé  ce qu’il m’avait apporté.

 Il a développé et augmenté ma sensibilité,  l’humilité, le respect de l’humain, le souci du détail et bien sûr, sur le plan technique, la mise en œuvre de la brique et sa mise en valeur avec le béton et le bois. Conseils on ne peut plus précieux dans la région Nord où j’évolue…

 Lors de la projection de ce film j’ai découvert un autre KAHN. Entre ses voyages en INDE et au BANGLADESH, ses cours à l’Université et son agence, nous ne pensions pas qu’il puisse avoir une autre vie que l’architecture…

 

Je voudrais citer également  BURLE MARX, paysagiste Brésilien, que j’ai rencontré à PHILA, qui m’a influencé notamment pour la réalisation de l’esplanade et des espaces verts du Palais du Gouvernement de LOME au TOGO.

 Auteur, entre autre, de la réalisation de la célèbre promenade de COPACABANA à RIO DE JANEIRO. Ce paysagiste, a influencé nombre de ses contemporains.

 Je vous conseille d’aller voir l’exposition qui lui est consacrée à PARIS,  jusqu’au 24 juillet,  àla Citéde l’Architecture, au Palais de Chaillot.

 

APRES L’AFRIQUE, APRES LES ETATS UNIS,

Retour en FRANCE,

 Je pensais retrouverla TOURAINE, ma terre natale. Mais un confrère, avec lequel j’avais suivi les cours de l’INSTITUT D’URBANISME de PARIS, me demanda d’aller l’aider, pour terminer le schéma d’aménagement du bassin minier, en Région Nord-Pas de Calais. Cela devait durer un petit mois.

Ce fut plus long. J’y suis encore…

 Je créai  mon agence à ARRAS en 1973, puis à SUCY EN BRIE dans le VAL DE MARNE. A l’époque, il était difficile de trouver des collaborateurs en région. L’agence de SUCY se développa  rapidement, grâce au réservoir qu’était l’Ecole des BEAUX ARTS de PARIS.

 Je gagnai un  concours, pour réaliser l’opération de restructuration du quartier MEAULENS – ST GERY à ARRAS.

 Guy MOLLET, Maire d’ARRAS,  apprécia ce projet de quartier. Il conseilla le jeune architecte  que j’étais, et fit tout ce qui était en son pouvoir,  pour que ce projet important se réalise.  Après son décès  survenu trop rapidement, les Elus de l’époque, le nouveau maire, Léon FATOUS, respectèrent le choix du « Patron » et je pus terminer cet ensemble en 1995.

 Guy MOLLET m’avait pris en amitié.  Lors de nos quelques rencontres il me demandait de lui parler d’architecture, de mon expérience, Il me mettait en garde :

 « Monsieur l’Architecte, pour réaliser votre architecture, restez vous-même, indépendant.      

N’acceptez jamais de faire ce à quoi vous ne croyez pas, vous pourriez y perdre votre âme, et on vous le reprocherait plus tard ».

 J’ai travaillé une grande partie de ma carrière pour des collectivités,  avec des Maîtres d’Ouvrage,  attentifs à la qualité architecturale de la commande. Mais aussi, il m’est arrivé de refuser,  ou d’abandonner des projets,  pour lesquels les modifications demandées risquaient de les dénaturer. Je ne suis pas le seul, à avoir vécu de telles situations.

 Revenons à ce quartier MEAULENS.  Un film documentaire, qui relate cette épopée, vient d’être réalisé par des jeunes cinéastes parisiens, avec la participation des habitants présents à l’époque, toujours heureux d’y vivre.

La Ville d’ARRAS et moi-même avons été lauréats, pour cette réalisation,  du concours EUROHABITAT organisé parla COMMUNAUTEEUROPEENNE.

A ce jour, ce quartier animé, n’est pas tagué, est respecté.  Les habitants sont heureux d’y vivre. Cela me fait chaud au cœur.

A SUCY, nous avons eu la chance d’étudier, avec Madame le Maire, l’aménagement du CENTRE VILLE. Le but était de sauvegarder et de structurer le centre ancien, de le conforter, et d’en assurer une liaison harmonieuse avec les constructions nouvelles.

 La première tranche est terminée, réalisation bien acceptée par les Sucyciens.

 Je dirai encore deux mots de l’ensemble universitaire  de l’ARTOIS commencé en 1985, pas encore terminé, qui fut récompensé par l’ACADEMIE d’ARCHITECTURE INTERNATIONALE, à la fois pour le projet urbain, et pour le parti architectural.

 C’est une université à taille humaine, proche du centre-ville, où, comme le dit le Président actuel de l’Université qui fut un des acteurs de sa création : « La communauté universitaire apprécie l’architecture des bâtiments, ses rues piétonnes, accueillantes, harmonieuses, paysagées, lieu de rencontre et de convivialité».

————

 En parallèle et bénévolement, je consacre encore 4 à 5 jours par mois à  la PROFESSION.

 Tout d’abord, à la MUTUELLE DES ARCHITECTES, notre compagnie d’assurances, ponctuellement maintenant,  à L’ACADEMIE D’ARCHITECTURE,  au PACT, auprès du Préfet du Pas de Calais en tant qu’Architecte-Conseil.

 En début de carrière, j’ai fait partie des créateurs du CAUE du VAL DE MARNE.

————–

 

 Pour conclure, sera-t-il possible que j’échappe un jour à ce virus qu’est l’ARCHITECTURE ?

 Les passions ne me manquent pas ! Celle qui pourra durer encore un certain temps, c’est sans nul doute :

 L’APICULTURE

Un grand-Père, un père amoureux des abeilles, tout naturellement, j’ai créé mon rucher, il y a 12 ans, plus modeste que les leurs, certes, 6 ruches actuellement, suffisant pour le partage du miel avec famille et amis…

Mais encore, pour l’instant, LA COURSE A PIED

Le temps des championnats est loin derrière moi. Reste, les plus ou moins longues distances, là où les « vétérans » ont encore leur place qu’ils défendent avec acharnement… J’en fais partie depuis longtemps…

 Et pour LES TREKS EN ALTITUDE, DES ALPES A LA VALLEE DE L’EVEREST,

Il va bientôt falloir se faire une raison… Resteront les voyages et les rencontres si riches d’enseignements.

 

 Mais,  je m’accorde encore quelques années d’architecture, plaisir de réaliser des projets qui me motivent, avec des Maîtres d’Ouvrage sensibles à la qualité architecturale, plaisir également d’accompagner la jeune équipe qui m’entoure.

 

 « Tant que les architectes auront la passion de leur métier, ils seront toujours indispensables et irremplaçables », dixit CLAUDE BOUEY ! La formule me convient ! J’y adhère…

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L’IMAGE DE L’ARCHITECTE A TRAVERS DEUX GRANDES REALISATIONS (Décembre 2006)

Posté par pierrerousse le 9 novembre 2012

 

 

L’IMAGE DE L’ARCHITECTE

A TRAVERS DEUX GRANDES REALISATIONS

(décembre 2006)

 

 A travers ce parcours architectural, je vais essayer d’une manière très simple, car je ne suis ni enseignant, ni théoricien de l’architecture, de vous montrer ma démarche à travers deux opérations qui m’ont occupé pour l’une près de 20 ans – la restructuration des quartiers anciens d’Arras. La seconde, l’ensemble universitaire de l’Artois, dure depuis 13 ans.

 Mais auparavant, il me faut parler des hommes qui m’ont formé et influencé et pour qui je garde un grand respect :

 Tout au début, Maurice Novarina qui m’a appris à construire et avec qui j’ai pu travailler, notamment, sur deux études qui ont orienté ma carrière, l’aménagement et la réhabilitation des quartiers anciens d’Annecy et de Battant à Besançon. Sa sensibilité, que l’on remarque notamment dans les nombreuses églises et chapelles qu’il a réalisées, son sens modéré, sa modestie furent pour moi un modèle qui correspond à mon tempérament.

 Avec Daniel Chenut, disciple de Le Corbusier et élève de Louis Kahn, j’ai appris à regarder, – bien regarder, dévisager, comme l’on regarde un tableau. Le souci du détail, la remise en cause continuelle de l’objet et la confiance qu’il m’accordait m’ont permis de réaliser avec lui plusieurs projets en Afrique, notamment le Palais du Gouvernement de Lomé au Togo.

 Et bien sûr Louis Kahn, c’est une chance, une grande chance de l’avoir connu, d’avoir travaillé, dialogué avec lui. Sans oublier Robert Lericolais, son fidèle assistant, mon parrain à Pennsylvania et ami avec qui je parlais très souvent au cours de longue soirée (autour d’un manathan, sa boisson favorite).

 Comment Kahn a marqué ma façon de penser :

Kahn insistait pour que chacun découvre sa propre personnalité. Je cite « on ne peut avoir une pensée claire en empruntant à un autre sa manière d’exprimer ses réactions ; il s’agit d’apprendre à voir les choses soi-même, afin de se construire un langage à soi. Nous ne réussissons à voir qu’en analysant en permanence nos réactions à ce que nous regardons et à comprendre ce que signifient ces réactions pour nous. Plus on regarde et plus on commence à voir ».

 J’appréciais l’attention persistante avec laquelle Louis Kahn savait écouter et accueillir le résultat d’un travail. Son aptitude à en déceler toujours les aspects positifs. Il écoute, plutôt que d’insister sur l’erreur, il montre ce qu’il faut faire. Il y avait une parfaite continuité entre l’Architecture qu’il bâtissait et la pensée qu’il exprimait.

 C’est aussi à travers ses citations que Kahn nous marquait, transcendait, formait, me faisait réfléchir, influençait, aimait à dire :

«Apprendre, c’était pour lui la découverte continuelle de soi-même ».

« Un individu n’apprend que ce qu’il porte déjà en lui ».

« Les trois principales tendances de l’homme sont le désir d’apprendre, le désir de communiquer et le désir de bien vivre.

« La rue est probablement une des premières institutions de l’homme ».

 « La place peut être un lieu d’isolement ou de rencontre, c’est toujours un endroit de contact avec le site naturel ou aménagé.

« Il n’y a pas d’œuvre d’art sans la joie qui règne dans l’élaboration.

 En aucun cas je n’ai essayé de l’imiter dans son architecture. Car je pense qu’il est inimitable, que de toute façon je ne suis pas lui. Avec Kahn la seule question qui  se posait ;  est-ce bien, est-ce original , mais est-ce que c’est juste ? C’est tout. Ce n’est pas à nous de l’apprécier de toute façon, c’est aux autres.

Ce qui est important, c’est de poser les questions essentielles, dans un projet, il faut s’interroger sur tout.

La valeur de l’architecture est avant tout dans la vie qu’elle manifeste, qu’elle génère.

 

 

Un ancien quartier d’ARRAS : le quartier Méaulens St Géry

Après la guerre, ce quartier, en raison de la crise du logement, était devenu le refuge des sans-logis et faisait la fortune des marchands de sommeil.

Après vingt années d’hésitation, il fut décidé en 1971, malgré l’opposition craintive des habitants, de rénover en profondeur le quartier Méaulens – St Géry. Ce fut un des enjeux des élections municipales de cette époque.

Création d’une ZAD, enquête d’insalubrité, qui aboutirent à la définition de deux périmètres, l’un sur6 Haconcernant la résorption de l’habitat insalubre, l’autre la réhabilitation de 600 logements et la restauration des bâtiments les plus intéressants sur le plan architectural.

 Un concours fut organisé pour désigner l’Architecte Urbaniste de l’ensemble et la réalisation de l’opération de rénovation. Après bien des péripéties, je gagnai ce concours. Je proposai ce qui suit et qui fut réalisé sur plus de 20 ans (73 à 95).

 Je choisis le parti d’une architecture modeste, sans monumentalisme : conservation des bâtiments de qualité, trame urbaine existante, pour garder au quartier son unité et sa liaison avec le reste de la ville, de manière à en protéger la situation sociale.

La présentation du projet et des maquettes à la population fut l’objet de critiques qui conduisirent, à ma demande, à la création d’un groupe de travail avec les représentants des associations de défense. Les rencontres étaient fréquentes. Une commission, composée des élus, du comité de défense, des associations de quartier, des commerçants, ARIM, PACT, HLM, fut créée et se réunit tous les mois pendant plus de vingt ans.

 Chacun exposait ses problèmes, ses idées, pas toujours objectivement, notamment les commerçants. Ce ne fut pas toujours facile pour moi …

 Mais parallèlement à cette opération, à la même époque, se construisaient à la périphérie de la ville, des barres et des tours de R+3 à R+20 (que l’on démolit maintenant).

 Autant vous dire que mon projet enthousiasmait les habitants du quartier et que les modifications qu’ils demandaient n’étaient pas très gênantes.

 Mon rôle était surtout de donner des explications , notamment sur le choix d’implantation des commerces, écoles, Foyer de Personnes Agées, PMI, halte-garderie, maison de jeunes, etc…

 Très vite, ils me firent confiance. Ils étaient heureux et fiers que l’on tienne compte de leur avis.

 Kahn préconisait la concertation avec les habitants et pour les appartements de bâtiments collectifs, une cour à chaque niveau. Nous sommes bien loin de cela mais chaque appartement possède une loggia ou une terrasse entre 6 et12 m2et tous les logements donnent à la fois sur la rue et les espaces intérieurs plantés.

 Le quartier Méaulens – St Géry est l’une des parties les plus anciennes dela Villed’Arras datant du XI ème siècle.

La rue Méaulens en est l’axe le plus important. Elle fut très animée au début du XVIIème  à la fin du XIXème siècle.

En tenant compte des objectifs dela Villed’Arras, J’ai proposé une organisation plus large, dépassant les limites de résorption et mon étude portait autant sur le secteur insalubre, que sur la restauration, voire la réhabilitation de certains immeubles du quartier (Foyer Soleil, Cellule Socio-éducative, etc…).

Sans nier l’intérêt architectural de certaines façades et la qualité de certains immeubles, c’est beaucoup plus l’atmosphère générale de ce quartier, l’ambiance des petites rues, la diversité des façades, des bâtiments, la valeur des arrières cours et jardins, c’est l’esprit de cet ensemble qu’il convenait de préserver et de retrouver.

Mon ambition a été de recréer un urbanisme spontané, une échelle adaptée à l’homme et d’allier les qualités du passé aux exigences actuelles :

- le respect des anciens critères tels que la hauteur des immeubles : 3 et 4 niveaux,

- une implantation souple,

- des ambiances diversifiées,

- des perspectives inattendues,

- des formes architecturales traditionnelles,

- une diversification de toitures et l’emploi de matériaux régionaux tels que pierre, brique, enduit, ardoise

 A l’intérieur des îlots, créer des jardins avec des passages et des cheminements piétonniers, des parkings plantés ou semi-enterrés.

 Mon souci fut d’avoir une grande souplesse d’implantation de nos bâtiments pour suivre le tracé de l’ancienne voirie, et de s’insérer dans l’habitat existant que l’on conservait.

 J’avais choisi une trame de 3.30 x 3.30 d’entraxe, qui, multipliée, donnait des surfaces moyennes compatibles avec les normes de l’époque et permettait une grande diversification des logements.

 La structure est en Béton Armé, plancher dalle, poteaux poutres sans retombée.

Le choix de ce parti constructif permettait  une grande mobilité d’adaptation  suivant le type d’aménagement (logement, bureau, commerce, équipement, etc.).

 Le peu de contraintes constructives du système choisi a permis de s’intégrer dans le tissu existant, en tenant compte des immeubles quela Villedésirait conserver.

 Le choix des matériaux permettait d’assurer une bonne maintenance des logements et une large pérennité des ouvrages.

 Aujourd’hui, entièrement restructuré, le quartier Méaulens – St Géry conserve toute son originalité et son charme. Au cœur du centre-ville d’Arras, il offre un habitat social moderne dont le caractère régional participe à son succès.

  

 

L’Université d’Artois : 

Dans les années 1985,la Communauté Urbaine d’Arras avec le soutien dela Régionet du Département, décidèrent avec l’accord du Ministère de l’Education Nationale de délocaliser l’Université de Lille III sur Arras .

Une réserve foncière d’une douzaine d’hectares était située en zone urbaine proche de la gare et du centre ville et des secteurs où cohabitent lycées, collèges, équipements sportifs importants et l’IUFM.

 Un plan d’aménagement fut réalisé lors de l’établissement du projet des Lettres Modernes dans une perspective de développement d’un pôle universitaire important sur Arras. Cette création était une volonté des élus et de quelques universitaires qui furent les présidents successifs de cette université.

 Le Rectorat hésitait, on annonçait tout juste 50 élèves la première année. Il y en eu plus de 250, et, à ce jour, ce sont 10 000 étudiants qui sont accueillis dans ces locaux.

 Depuis le centre ville, les locaux de l’administration marquent l’entrée du campus.

 Celui-ci est conçu tout au long d’un cheminement piétonnier, ponctué de places et placettes et animé par des perspectives sur les différents ouvrages d’enseignement.

Ce cheminement se prolonge au sein des bâtiments, offrant aux étudiants une rue intérieure marquée par des espaces de détente et de rencontre.

 Des amphithéâtres de 200 à 500 places sont disposés en rotule entre les bâtiments, marquant les entrées de chaque département. A partir des espaces de détente et des rues largement dimensionnées, sont réparties : les salles de classe, l’administration, les zones réservées aux enseignants et aux élèves.

A l’opposé, des locaux de l’administration , la bibliothèque épouse la courbe de la placette.

Par ailleurs, le bâtiment des Arts implanté sur un des principaux axes d’entrée de la ville à l’Est, conçu comme un ouvrage symbole, marque une des entrées de l’Université.

 Ce que nous avons recherché :

. concevoir un ensemble homogène tout en marquant les entrées

. créer des circuits clairs et fonctionnels au repérage facile, une perception des espaces agréable et sécurisante

. favoriser une ambiance, un climat stimulant la motivation et la curiosité des étudiants par un cadre architectural contemporain sans agressivité et dans le respect de la culture régionale

. concevoir une volumétrie de lecture facile

. faire entrer la lumière et la verdure dans les bâtiments

. les volumes aux formes douces et les toits courbes réalisés en cuivre, l’utilisation principalement de la brique, les menuiseries laquées renforcent l’unité que nous recherchions.

 

 

CONCLUSION

 Une anecdote en ce qui concerne le Palais du Gouvernement de Lomé réalisé avec D. Chenut. Je travaillais régulièrement avec le Ministre, (un ingénieur formé à l’école des TP de Paris) chargé de suivre cette réalisation. Un jour, en cours de chantier, je fus convoqué par le Président en urgence. Il était inquiet. Notre ambassadeur lui avait confié qu’il était choqué par ce bâtiment qui ne correspondait pas du tout au style international de l’architecture contemporaine de l’époque. Je dus m’expliquer, le pourquoi des formes, ce que je recherchais, etc… Le grand jour arriva, visite de chantier avec tous les Ministres au complet, plusieurs ambassadeurs dont l’ambassadeur de France. A bout d’explication et d’arguments, quand l’ambassadeur m’interpella : «  dans ce bâtiment je ne reconnais pas mon pays, je ne m’y sens pas bien », je sautais sur l’argument et demandais au Président , et vous, mon Président ? « moi, je m’y sens très bien, je me sens chez moi » me répondit-il. « et bien c’est pour vous et votre peuple que nous l’avons conçu ». Le chantier pouvait continuer…

 Daniel Chenut a réalisé plusieurs opérations en Afrique qui auraient mérité d’être reconnues. Il a peut-être été trop vite oublié…

 Pourquoi cette anecdote ?  La plus grande récompense quand je termine un bâtiment, ce n’est pas : c’est beau ou autre qualificatif de ce genre, c’est quand on me dit, « je suis bien dans votre bâtiment, je m’y sens bien ».

 Le plus important, pour moi, c’est que l’architecture ne reste pas seulement un Art mais incarne aussi un lieu de vie.

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La touche de Pierre Rousse

Posté par pierrerousse le 13 avril 2011

 L’Avenir de l’Artois mercredi 05.11.2008

Le nom de cet architecte urbaniste est bien connu à Arras. Plusieurs bâtiments au style identifiable entre mille marquent le paysage arrageois : quartier Méaulens, les deux piscines, le lycée Savary, la Maison des Sociétés, l’université d’Artois, l’hôtel du département.
 

-->… Et pourtant, l’homme et sa personnalité sont peu connus des Arrageois car il est discret, soucieux de préserver son esprit créatif et son indépendance.

Hommage à la féminité
Francilien, il est deux fois par semaine dans l’un de ses trois cabinets d’architectes, celui installé « sur les plus belles places du monde » : les places d’Arras. Schémas, vues, plans, maquettes, perspectives, coupes décorent l’agence. Il travaille avec ses collaborateurs sur plusieurs projets, dont l’achèvement, sur le campus de l’université d’Artois, du bâtiment des Arts, repérable à l’entrée Est d’Arras, par l’impressionnante et symbolique sphère en inox, sorte « de cocon protecteur ». Les courbes, les galbes, les rondeurs et les formes sphériques hantent ses créations, « hommage à la féminité » mais aussi à l’harmonie, à la perfection et à la qualité, exigences qu’il considère comme prioritaires dans un bâtiment d’enseignement.

Son grand maître
Car Pierre Rousse est fortement marqué par ses maîtres et ses expériences. Enfant d’une fratrie de 11 enfants dont le père est ouvrier menuisier, il obtient une bourse nationale et travaille dur. Ecole des Beaux-arts de Paris, Institut d’Urbanisme, il collabore à des réalisations architecturales en Afrique comme le Palais du Gouvernement à Lomé au Togo. Fort de cette expérience africaine, il est proposé par la France et retenu pour bénéficier à l’Université de Pennsylvanie de l’enseignement d’un des plus grands architectes du XXe siècle, Louis Kahn. « Avec lui, nous nous comprenions par des gestes et par des dessins, nous avions les mêmes réactions et les mêmes exigences, on ne peut pas égaler un tel maître, de l’envergure de Corbu (Le Corbusier). Je lui ai apporté mon expérience africaine mais j’ai hérité d’une part de son savoir-faire. Dans le film de son fils My Architect, j’y apparais à trois occasions ».
Lignes épurées et harmonieuses, exploitation de la lumière naturelle, mélange de la brique au bois et au béton brut, priorité à un plan d’ensemble des différents espaces caractérisent cette architecture contemporaine que Pierre Rousse aime et réinvente à sa manière, suivant la commande des maîtres d’ouvrage, les souhaits des usagers, la nature du terrain, l’inspiration et… le budget.
Depuis plus de 40 ans, Il a conçu un millier de projets dont au moins 700 ont été retenus par concours et réalisés. Si la région Nord-Pas-de-Calais regorge de bâtiments construits par Pierre Rousse dont l’étonnante polyclinique d’Hénin-Beaumont avec ses volumes sphériques, sa luminosité et ses patios, en région parisienne comme à Arles-sur-Tech au pied des Pyrénées, ses créations se multiplient.

Réalisations arrageoises
Pierre Rousse, au début des années 70, présente son projet de rénovation du quartier Méaulens-Saint-Géry qui est accepté en 1974. « Mon premier grand chantier arrageois vieillit très très bien. Pas de tags, pas de saloperies sur les murs sont la preuve que lorsque l’on donne de la qualité, les gens respectent ». Il y aura ensuite l’école des Trois-Filloires et son jardin public suspendu, le nouvel hôtel du département, immense sculpture, la Maison des Sociétés ses claustras en bois et son parvis paysagé, le centre Torchy, les piscines Desbin et Daullé et l’université de l’Artois.« J’ai eu de la chance, des décideurs m’ont fait entièrement confiance comme l’ancien président de l’université d’Artois, Alain Lottin ».

Principes de base
Pour toutes ses réalisations, on retrouve toujours une exigence professionnelle surmontant les difficultés comme par exemple pour raccorder impeccablement et joindre parfaitement les lignes arrondies affectionnées par Pierre Rousse avec les droites : « La jonction est un élément fort ».
Un autre de ses postulats est de réaliser des bâtiments à échelle humaine facilitant les rencontres, les échanges. Il y a aussi chez l’architecte une volonté constante d’intégrer les nouvelles constructions aux bâtiments anciens. « J’ai du mal à concevoir une architecture ex nihilo. Le vide est effrayant, j’aime l’idée de devoir restructurer un espace préexistant. Il faut que je me raccroche au passé d’une ville ». Faire de l’architecture contemporaine intégrée au tissu urbain ancien lui convient parfaitement.

Coureur de fond
Pierre Rousse, éternelle silhouette jeune de septuagénaire actif, continue à apprendre en voyageant et…. en courant. Il aime le trekking mais aussi le marathon. Quadriller une ville en courant de bonne heure le matin lui permet à la fois de se ressourcer, de maintenir sa forme et surtout de regarder. Seule obligation, il conserve l’adresse de l’hôtel, car il a souvent dû se « paumer au fin fond d’une ville » et revenir en taxi ou en pousse-pousse d’une de ses virées matinales !
Jamais il n’a voulu devenir enseignant, se jugeant trop intuitif et préférant former ses collaborateurs au quotidien. Mais à sa façon, il redonne ce que son métier lui procure en étant membre actif de la Mutuelle des Architectes français, de l’Académie d’Architecture et de la PACT Arras-Lens-St-Pol. Quoique modeste, il ploie néanmoins sous le poids de distinctions qu’il n’arbore jamais, mais qui l’honorent.

Vagues, glaciers et nuages
Des qualificatifs reviennent souvent dans la description des réalisations architecturales souvent copiées de Pierre Rousse où dominent en particulier la brique, les formes rondes et les toitures débordantes : chaudes, rassurantes, chaleureuses, douces, souples, harmonieuses mais aussi simples, fonctionnelles et évolutives.
Aussi n’est-on nullement étonné, lorsque l’on connaît et reconnaît sa signature architecturale, d’apprendre que Pierre Rousse aime trois éléments naturels en perpétuel mouvement et renouvellement : les vagues, les glaciers et les nuages…
Nelly DUPRÉ

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